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“La Promesse de l’aube”, de Romain Gary


Crédit photo : Pascal Victor


Voici venu le temps de lire, en attendant de pouvoir assister à nouveau à des spectacles d'art vivant.


Je vais vous faire une confidence, je n’ai jamais lu le chef-d’œuvre de Romain Gary. Une lacune dont je suis un peu honteuse (moi qui prétends connaître mes classiques !), et peut-être est-ce ce qui m’a poussée à assister à cette lecture de Stéphane Freiss, au Théâtre de l’Atelier, en octobre 2019.

Le comédien porte ce texte depuis plusieurs années, et à voir sa mine gourmande lorsqu’il l’introduit, on comprend l’importance qu’il revêt pour lui. Il se délecte à l’avance de nous faire découvrir les pages qu’il a sélectionnées avec amour. « Les plus émouvantes », nous confie-t-il, comme il le ferait à des ami(e)s, mais aussi « les plus drôles. Et tout en parlant – ce qui accentue la sensation de proximité avec lui –, il joue avec son chien, qui surgit subrepticement sur scène pour venir poser sa tête sur ses genoux.

Le voici qu’il s’installe confortablement dans son fauteuil, à côté d’un siège demeuré vacant, comme si une autre personne était présente en filigrane (la mère de Romain Gary, omniprésente dans sa vie ?) Dans cette autobiographie de l’écrivain diplomate, parue en 1960, il a choisi de mettre en exergue l’amour passionné, inconditionnel, qui liait Nina, émigrée russe et femme seule, à son fils Romain.

La force du désir maternel

C’est avec beaucoup d’élégance, d’émotion et d’humour qu’il nous livre cette bouleversante histoire d’amour. Celle d’une mère – vue à travers le regard attendri mais lucide de son fils – qui voue un véritable culte à son enfant (elle le rêve tour à tour musicien prodige, chanteur d’opéra ou encore danseur). Une mère qui projette si fort sur lui son désir de réussite que grâce à elle, il traversera toutes les épreuves (la guerre, mais aussi les aléas de la vie), comme porté par le souffle puissant de ce désir :

« Je n'entendais plus les rires, je ne voyais plus les regards moqueurs, j'entourais ses épaules de mon bras et je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle, à la promesse que je m'étais faite, à l'aube de ma vie, de lui rendre justice […] ».

Une mère qui, à travers les histoires fantasques qu’elle lui raconte, lui communique sa vision idéalisée de la France, et nourrit son amour indéfectible pour ce pays. Une mère dont il est conscient de tout lui devoir, même si parfois, ce fardeau est un peu écrasant.

Un récit très vivant

Par moments, Stéphane Freiss imite l’accent de Nina pour restituer des dialogues inénarrables. Une mère russe (et juive) dont l’exaltation, la volonté et l’énergie inépuisables ne pouvaient manquer de provoquer à la fois l’exaspération et l’admiration de Romain enfant. On songe par instants au roman d’Albert Cohen, Le Livre de ma mère, autre sublime hommage – teinté de culpabilité celui-là – rendu par un fils à sa génitrice.

Les morceaux choisis par le comédien évoquent avec humour et tendresse la vie quotidienne de Nina et Romain, à l’âge de 14 ans, à Nice. Grâce à la magie des mots et au talent de leur interprète, les effluves de la vie méditerranéenne, ses couleurs et son animation parviennent jusqu’à nous. Alors, au-dessus de tout, émerge la figure de la mère adorée, à la fois chef de famille et chef d’entreprise. Déterminée à vaincre tous les obstacles, elle gère avec faconde un hôtel de luxe.

Et l’émotion nous gagne, tout comme Stéphane Freiss, lorsqu’il évoque l’admirable mystification de Nina qui, sachant qu’elle va mourir, écrira à son fils deux cent lettres qu’elle fera poster par une amie afin de continuer à le soutenir tout au long de ses années de combat.

Un beau spectacle, touchant et juste, qui donne envie de se plonger dans les pages de ce texte plein de richesse.

Véronique Tran Vinh



http://www.theatre-atelier.com/la-promesse-de-l-aube-lo2811.html

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