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De l’histoire du français, de son présent et de son avenir

Intéressante interview de Julien Soulié (auteur et expert du Réseau Voltaire), parue le 16 octobre 2020 dans Le Figaro, à l’occasion de la sortie de la bande dessinée qu’il cosigne avec M. la Mine, Et cetera, et cetera. La langue française se raconte, éditions First.



https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/julien-soulie-si-les-eleves-etudient-les-racines-des-mots-ils-progresseront-en-orthographe-20201017

Julien Soulié aborde dans cette interview l’histoire du français et les différentes influences linguistiques qui la construisent depuis l’époque romaine (gaulois, romain et grec, langues germaniques, arabe, italien, anglais, etc.), mais aussi, entre autres sujets, le fantasme de pureté d’une langue ou le besoin de redonner le goût de la curiosité pour « savourer » notre langue (en expliquant par exemple l’étymologie des mots pour améliorer l’orthographe*).

Il souligne le risque d’appauvrissement que peut générer un emprunt lexical trop exclusif à une seule langue, en l’occurrence, actuellement, l’anglo-américain. Certains anglicismes viennent remplacer plusieurs termes préexistants en français : ils deviennent alors superflus et empêchent une pensée précise. Or, lorsque le lexique se réduit drastiquement ou est manipulé, la pensée s’appauvrit… Comme le décrit George Orwell dans 1984 avec la novlangue, ou comme l’a si bien étudié Victor Klemperer dans LTI, la langue du IIIe Reich. Cela devient un instrument destructeur de l’intelligence et de l’esprit critique.

Nous n’en sommes pas là, mais on voit bien comment certains populistes cultivent cet appauvrissement de l’esprit pour faire avaler des couleuvres de fausses informations qui défient tout bon sens et dénient la réalité.

Julien Soulié explique comment, pour aller plus vite, on préfère la simplification, « l’effacement de la complexité » : « Plutôt que de s’élever vers la difficulté, on préfère la supprimer. » Dans notre société où l’instantanéité et la vitesse priment, la tentation est grande de se laisser emporter par ce courant et de ne plus prendre le temps de la réflexion lente, du dialogue, du débat. « Pour construire une pensée, il faut employer des mots nuancés, maîtriser des structures linguistiques… Se couper de certaines règles de français comme de son histoire, c’est ne plus comprendre le monde d’aujourd’hui. »

L’usage décidera, bien évidemment, de l’évolution inévitable et indispensable de la langue française, mais veillons à entretenir la curiosité pour notre langue, apprenons à la redécouvrir, enrichissons l’expression pour affiner une pensée éclairée et critique.


Marie-Christine Montesquat

* À lire également sur ce sujet :

– Jean-Pierre Colignon, L’Orthographe, c’est logique !, éd. Albin Michel (2003), qui explique de manière très concrète l'origine de certains mots, en s’appuyant notamment sur leur étymologie ;

– Jean-Loup Chiflet, Dictionnaire amoureux de la langue française, éd. Plon : l’auteur aborde les mots avec de belles touches d’humour ;

– pour les passionnés, l’incontournable et monumental Dictionnaire historique de la langue française, sous la dir. d’Alain Rey, éd. Le Robert, qui détaille l’histoire de 60 000 mots.

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