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COVID-19 : QUESTION DE GENRE




Pour les correctrices ou les correcteurs (mis à part pour celles et ceux exerçant – peut-être encore… – pour la presse médicale spécialisée), dès le début de l’épidémie s’est posée la question du genre de Covid-19. À plusieurs reprises, j’ai eu à corriger des textes qui attribuaient à Covid-19 l’article masculin. La démarche de curiosité et de doute, qui prévaut, dans mon métier, notamment face à un néologisme, m’a poussée à rechercher son origine.

Dans ce cas précis, direction le site de l’OMS : www.who.int/fr/. En anglais, COVID-19 est l’acronyme de coronavirus disease [2019], maladie causée par le nouveau coronavirus apparu chez l’humain fin décembre 2019 et appelé SARS-CoV-2* (voir la page du site de l’OMS sur l’appellation définie par l’OMS le 11 février). Je m’évertuais à expliquer que, dans un texte en français, disease signifiant maladie, il convenait d’écrire « la Covid-19 ». En effet, les noms communs en anglais n’ont pas de genre, contrairement au français, à l’allemand ou à l’espagnol par exemple, et, selon l’usage, on attribue le genre du mot français correspondant. M’appuyant pour être plus convaincante encore sur la presse médicale spécialisée (Le Quotidien du médecin notamment) et des sites de référence (Institut Pasteur). Logique.

Alors pourquoi l’usage du masculin s’est-il si vite généralisé et imposé en France, alors qu’au Québec, le féminin, préconisé par l’Office québécois de la langue française dès le début de l’épidémie (site Internet de l'OQLF), est utilisé par tous les journalistes aussi bien que par les intervenants politiques ou autres. L’utilisation abusive du masculin est certainement à rechercher du côté de la sidération engendrée par la virulence et la rapidité d’expansion de la maladie, mais aussi certainement du côté de la proximité des termes désignant la maladie (Covid-19) et le virus (coronavirus), qui commencent tous deux par « co ». Par ailleurs, il est à noter qu’un seul substantif se termine par le son « vid », c’est le mot vide, du genre masculin… Automatisme linguistique ? Qu’a de plus « le Covid » que « la Covid » n’a pas ? Ce rappel à cet invisible et omniprésent coronavirus, ce danger qui nous sidère.

Des institutions comme l’Académie nationale de médecine ou le ministère de la Solidarité et de la Santé, mais aussi le site de Santé publique France ou l’Inserm, utilisent exclusivement (à une seule occurrence près pour l’ensemble des sites de ces institutions) le masculin… Les journalistes, à commencer par les présentateurs des JT nationaux et les « plumes » de la presse nationale, ont tous optés pour le masculin (Le Monde, France 2, Libération, Le Figaro, Science & Vie, Santé magazine, etc.). Face à un tel raz-de-marée, rares sont les mentions au féminin, notamment dans la presse nationale : seuls France Culture et Sciences et Avenir ont opté pour le féminin ; ou bien le rédacteur s’avère être un journaliste scientifique (le blog Sciences2 de Sylvestre Huet). Certains médias utilisent les deux genres (La Tribune par exemple). Les cassetins se sont donc rangés très vite à l’usage du masculin, sans même sembler y pouvoir (ou vouloir ?) résister, à l’instar de celui du site lemonde.fr qui semble s’être plié à cet usage, certainement pour éviter d’agiter cette question superflue. Ou encore de Libération, qui publie, le 19 mars, un article sur la question du genre confirmant la forme correcte au féminin, mais qui continue jusqu’à ce jour à n’utiliser que le masculin… L’usage, qui met souvent du temps à s’imposer avant d’entrer dans les dictionnaires, a primé ici dans le contexte de sidération.

Je me souviens de ce médecin, expert de l’épidémie, qui, au journal de 13 heures sur France 2 à la mi-mars, avait dit en substance qu’il conviendrait de dire « la Covid-19 », mais que cette erreur généralisée n’était que secondaire au vu de la gravité de la situation, et que cette précision qu’il donnait ne changerait pas, du moins dans l’immédiat, l’usage très répandu du genre masculin. C’était tout à son honneur.

Lorsque le danger se sera éloigné, que la stupeur sera atténuée, l’usage changera peut-être, qui sait… Comme semble le prédire cet intéressant article de Pierre Ropert paru le 8 avril sur le site de France Culture, « Doit-on dire “le” ou “la” Covid-19 ? ».


Marie-Christine Montesquat

* À ce sujet, ce nouveau coronavirus est désigné en anglais par l’appellation « SARS-CoV-2 », pour « severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 », et en français par l’appellation « SRAS-CoV-2 » en français, pour « coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère »). 

N. B. : il est à noter que la plupart des noms des maladies infectieuses virales sont du genre féminin : la grippe, l’hépatite, la méningite et encéphalite (les termes médicaux avec le suffixe -ite étant féminins), la mononucléose infectieuse, 
la rage, la rougeole, la rubéole, la varicelle, la variole, etc. 
Quelques exceptions : le Sida (puisqu’il s’agit d’un acronyme commençant par syndrome) ; le chikungunya (terme issu du makondé, qui signifie « celui qui se recourbe, qui se recroqueville ») ; l’herpès (du latin herpes, tis, du genre masculin).



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